
Marion DE-SCHYNKEL, assistante sociale en service d’addictologie à l’EPSM de l’agglomération lilloise
« J’ai travaillé onze ans en psychiatrie adulte et je suis aujourd’hui assistante sociale dans un service hospitalier d’addictologie. Si mes missions sont les mêmes en addictologie qu’en psychiatrie adulte, les temporalités sont différentes, ainsi que les profils de patients : en hospitalisation d’addictologie, le soin de cure est anticipé, il n’y a pas de notion d’urgence ou de dangerosité pour la personne comme je pouvais le constater en psychiatrie.
Dans toutes nos missions d’assistant social, restituer l’accès aux droits et aux soins est notre priorité : souvent les personnes que nous accompagnons n’ont pas de droits ouverts, et en addictologie encore plus qu’ailleurs ; leur consommation à un ou plusieurs produits addictifs les met en grande précarité, et parfois ils perdent tout. Le produit prend toute la place : au début, ils restent dans une situation de gestion mais quand l’addiction s’installe, ils n’ont plus que la consommation en tête. Sur le plan social, cela se traduit ainsi : ils ne renouvellent plus leurs droits, ne paient plus leurs charges…
Je souhaite évoquer un monsieur qui avait toujours refusé les hospitalisations, jusqu’à ce qu’il soit très affaibli physiquement : quand il a fini par accepter l’hospitalisation parce qu’il n’avait plus vraiment le choix, il n’avait plus de carte d’identité depuis 6 mois, plus d’AAH, il était locataire dans un logement complètement saccagé… Cette personne ne vivait plus que dans l’instant, et survivait en faisant la manche. Le mode de vie et les consommations peuvent amener très loin et c’est souvent douloureux quand l’assistante sociale reprend cela avec eux car ils constatent leur situation... Ces situations ne sont pas insolubles, nous avons des outils pour les aider. Il y a souvent de belles histoires et des personnes réussissent à s’offrir une seconde vie. Ce fut le cas de ce monsieur qui vient de passer les fêtes avec sa famille. L’assistant social doit toujours être dans une approche de veille pour distinguer quand la personne est prête à avancer : parfois une situation semble figée mais il suffit d’un micro-événement, d’un coup de fil pour qu’une situation puisse se débloquer.
Notre travail est de redonner des objectifs à la personne, qu’elles se sentent valorisées, retrouvent du plaisir et du sens à leur vie. Les soigner est essentiel mais les réinsérer est capital ! Une grosse problématique est celle du logement : énormément de personnes sont mal logées, ne sont pas informées des dispositifs : demande de logement sociale, passage en commission spécialisée, orientation dans des dispositifs de résidence sociale et de familles...
La question de l’environnement de la personne est aussi importante : comment mieux vivre dans son quartier ? Notre rôle est alors de mettre les personnes en lien avec les partenaires, de les accompagner à utiliser les ressources de leurs territoires pour qu’elles se sentent mieux, de leur donner des perspectives pour retrouver un emploi, ou participer au clubhouse par exemple. Nous travaillons avec chaque personne l’inclusion dans son quartier et le tissu associatif, ceci avec l’objectif de redonner du sens à leur vie, et leur permettre d’oser, de mettre en œuvre leurs projets, cela par exemple en les accompagnant physiquement auprès de ces différents partenaires. C’est pourquoi j’aimerais que se développe encore d’avantage la réhabilitation psychosociale. Nos patients reviennent sans cesse, ils n’ont pas de perspectives, pas d’objectifs, pas de projets ; il est donc très difficile de se mobiliser pour eux, afin qu’ils puissent rester dans le soin et c’est là que l’assistant social a toute sa place en plus du suivi sanitaire régulier !
Dans la guérison et dans le parcours de soin notre action est presque aussi importante que le suivi médical : quel est l’intérêt d’arrêter de consommer si c’est pour ne rien faire chez soi ? C’est ce genre de question que les personnes se posent. J’ai ainsi longtemps accompagné des patients à pôle emploi car l’insertion professionnelle est capitale pour ces personnes qui ont une employabilité très faible. Il faut donc utiliser des chemins détournés pour parvenir au réemploi. L’une des clefs, et même l’avenir de nos métiers, est de travailler en équipe mobile pour aider les personnes à faire ce chemin ensemble, éviter la rechuter et d’avoir à tout recommencer… »