
Un métier passion : témoignages croisés de trois Educatrices de Jeunes Enfants en Hôpital de jour pour enfants
Marion Franckx EJE à l'Opéra Bleu (59i06), Bénédicte Warmé et Christelle Serres, EJE au Regain (59i04)
1. Qu'est-ce qui vous fait plaisir dans ce métier au sein de l'EPSM ?
M.F. : Être au contact des enfants au quotidien et les accompagner soit en individuel soit en groupe est une source de satisfaction, ou encore le fait d'avoir un emploi du temps fixe par année scolaire avec des prises en charges et activités variées comme des prises en charges éducatives individuelles mais aussi des ateliers extérieurs à l'établissement (musée du LAM, poney, piscine...). Travailler en équipe pluridisciplinaire (avoirs des regards croisés, compétences complémentaires) est aussi passionnant !
B.W. : pour ma part, j’aime construire des séances d'apprentissage qui visent l'autonomie et l'intégration du tout petit est devenu motivant pour moi. On connaît de mieux en mieux le profil des jeunes enfants ayant des troubles du développement. Il existe des supports, des outils, des stratégies d'apprentissage pour susciter la communication et la relation avec l'enfant. Ce qui m’anime aussi, c’est de pouvoir partager ces connaissances avec les familles dans le concret de leur quotidien. De plus, le métier d'EJE, au sein de l'EPSM, est d'autant plus intéressant qu'il est exercé en équipe, enrichi par des regards de disciplines variées.
C.S. : Le travail en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire m’apporte beaucoup de satisfaction. Ce qui me motive aussi, c’est la variété des missions de mon métier. Nous sommes référents d’enfants. A partir de là, mes tâches sont d’accueillir, d’évaluer les compétences, de soutenir les familles, d’échanger avec les partenaires qui entourent l’enfant, de construire les synthèses et les projets... En parallèle, j’ai pu me former et répondre aux besoins du service. Il m’est très intéressant d’effectuer des évaluations (COMVOOR, PEP, ADOS). Et je participe à la création et à l’animation de groupe CATTP (Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel), pour un autre public d’enfants. Ce qui me plaît de plus c’est de former des étudiants EJE, qui sont hélas, peu nombreux encore à s’intéresser au monde de la petite enfance spécialisée.
2. Quelle est la valeur de notre métier ?
M.F. : La bienveillance. Je porte une attention particulière au bien-être, à l'épanouissement et au respect du rythme de l'enfant et de ses compétences propres. J'apporte mon aide à des enfants en difficultés en répondant à leurs besoins. Je contribue à améliorer leur développement dans tous les domaines aussi bien cognitif, moteur, pour leur vie quotidienne (l'autonomie, la propreté...), la communication, le langage mais aussi au niveau social et dans le lien parents/enfant.
B.W. : La mise en avant des compétences des jeunes enfants porteurs de handicap est pour moi une des valeurs importantes de ce métier. Même si l'enfant n'a pas l'autonomie ou le niveau intellectuel d'un jeune de son âge, il a tout de même ses points forts. Il possède des compétences particulières de qualité, de force et d'énergie que l'on peut voir au quotidien.
C.S. : Favoriser l’épanouissement des enfants à travers des activités qui stimulent leurs potentialités cognitives, affectives et créatives. Bien sûr les accompagner dans l’acquisition de leur autonomie et dans l’apprentissage de la vie en collectivité. Tout ceci en faisant preuve de bienveillance, de patience et d’imagination.
3. Présentez, très succinctement, une situation type qui illustre notre travail.
M.F. : Quand un enfant arrive en séjour d'observation, on évalue en équipe pluridisciplinaire ses besoins en fonction de ses difficultés et nous faisons au mieux pour y répondre par le biais de médiation éducative, d'ateliers en groupe. On établit également un projet éducatif individualisé adapté aux capacités réelles de l'enfant selon son développement. Par exemple, un enfant peut avoir un âge réel de 4 ans mais grâce à nos évaluations on se rend compte que son niveau de développement est de 24 mois. De ce fait, notre travail est d'adapter les activités proposées à leur besoins réel et leurs compétences. Par exemple, on ne va pas proposer un puzzle de 24 pièces mais un puzzle de 6 pièces pour commencer.
B.W.: Une maman me relate après plusieurs semaines de suivi : « Raphaël pensait parfois qu’il était l’heure de prendre son bain. Je disais alors : Non, ce n’est pas encore l’heure du bain. Il courait pourtant jusqu’à la salle de bain et commençait à se déshabiller. Ce n’était pas facile de le faire revenir dans le salon. » La maman ne savait pas encore que son enfant n’avait compris que le mot « bain » dans la phrase. Ensemble nous avons photographié la baignoire. La maman a présenté la photo à Raphaël avant d'aller au bain. Par ce moyen visuel, Raphaël a compris ce qu'on attendait de lui. Dans cet exemple, notre travail, ici, est d'adapter notre communication au niveau de l'enfant afin d'améliorer la compréhension de son environnement naturel.
C.S. : Avec l’outil PECS (Picture Exchange Communication System) qui est un moyen de communication par échange d’images, nous réussissons à obtenir des regards et des sourires avec des enfants qui ne regardent pas ou peu, habituellement. Le jeune enfant apprend à faire ses premières demandes. Il entre alors dans la relation à l’autre, dans le plaisir partagé. Certains accèdent au langage.
L’enfant s’apaise car il peut exprimer ses besoins. Les colères d’incompréhension sont réduites. La généralisation de cet outil au quotidien améliore la qualité de vie de l’enfant et de son entourage.